Un jour, un outil d'IA générative

Focus

Cinquante samedis à fabriquer cette lettre

Focus de la lettre 50

Cinquante lettres, et une charpente qui n’a presque pas bougé : le focus, les publications, les lectures. Ces trois pièces étaient là dès le début. Tout le reste s’est posé planche après planche, au fur et à mesure que vous avez rejoint ce partage du samedi, à force d’essayer, de corriger, de suivre de nouvelles envies et idées, puis de recommencer le samedi suivant.
Un numéro se prépare de samedi à samedi, au fil de l’eau. Les outils sont publiés chaque jour sur le site, la liste de la semaine existe donc d’elle-même : il suffit de la rassembler pour celles et ceux qui ne passent pas tous les jours. Les lectures, je les mets de côté quand elles me semblent intéressantes, sans savoir encore ce qu’elles diront ensemble. Le focus naît d’une réaction : le plus souvent un outil de la semaine, parfois une lecture qui m’interpelle.

Avec la machine, je travaille de deux façons très différentes. J’écris « la machine » exprès, même si Fred Cavazza propose cette semaine un dictionnaire pour distinguer chatbots, agents, assistants et coéquipiers : c’est un raccourci, et j’en ai conscience, mais cela reste et, je l’espère, restera toujours pour moi une machine, sans anthropomorphisme.
Pour les applications et les lectures, la machine écrit et je reprends. Un picto et une phrase par outil, un résumé court par article : résumer moi-même sept articles et une dizaine de lectures chaque semaine me prendrait beaucoup trop de temps sans cette aide. Il y a toujours relecture, modifications et corrections, parce que ces résumés sont parfois partiels, et parfois erronés. Une lecture mal résumée est une lecture mal transmise. C’est ce qui m’a plu dans Veridive, qui répond à une question en cherchant dans des vidéos YouTube et cite les passages avec un lien vers le moment exact : une réponse qu’on peut vérifier à la source, c’est ce que j’attends d’un résumé. L’étude e-Enfance, dans les lectures de cette semaine, y fait écho : plus d’un adolescent sur quatre utilise une IA pour vérifier une information, et quatre sur dix remettent rarement les réponses générées en question. Il aurait certainement été intéressant de pouvoir comparer avec un public adulte, des chiffres plus faibles, plus élevés, équivalents ? Faites vos jeux !

Pour le focus, c’est l’inverse : j’écris, la machine accompagne. L’idée est à moi, le déroulé aussi, le premier jet également. La confrontation vient ensuite. La machine propose des augmentations, elle n’impose rien, et la plupart de ses pistes tombent vite, trop éloignées de ce que j’avais écrit ou parties ailleurs. Je garde ce qui prolonge mon texte sans le remplacer. Elle a tout de même une qualité que je n’ai pas : elle retrouve ce que j’ai déjà écrit. Elle me signale quand j’ai déjà abordé un point, et c’est elle qui m’aide à tisser les liens de la partie « En écho », en fin de focus.
Reste ensuite la relecture : fond, forme, orthographe, typographie. J’effectue la première puis je confie la suite à une autre conversation et même souvent à un autre modèle, qui n’a pas participé à l’écriture et propose donc une analyse neuve. Une instruction précise fixe la marche à suivre. C’est la machine qui vérifie, c’est moi qui décide.

Côté technique, une petite structuration. Un projet dédié à la lettre, avec une instruction de projet qui s’applique à chaque conversation, un fichier méthode qui pose la structure et les formes à respecter, et chaque semaine la lettre publiée vient s’ajouter aux archives. C’est ce qui donne à la machine sa mémoire : pas de souvenirs, un dossier qui grandit. Et chaque semaine apporte son extension, son amélioration, son renforcement : la lettre se construit sans jamais cesser d’être habitée.

Mais finalement, pourquoi écrire cette lettre ? D’abord pour arrêter de publier chaque jour sur les réseaux les applications déjà présentes sur le site, tâche très chronophage malgré une automatisation. Ensuite pour partager et archiver ma veille. Enfin pour avoir un espace d’expression plus libre que celui du site, dont ce n’est pas la fonction. La lettre a d’ailleurs fait évoluer le site lui-même : les rubriques Focus et Lectures partagées sont nées d’elle, et j’ai fini par développer un moteur de recherche et d’export pour ces lectures (documenté sur GitHub). Et pour celles et ceux qui préfèrent écouter plutôt que lire, je génère une version podcast à partir de l’audio produit par Substack.

L’aventure uneIAparjour ne cesse d’évoluer : depuis septembre une version en anglais, plus de 1 300 applications publiées, 4 millions de pages vues, 2 millions de visiteurs uniques, 4 500 abonnés, avec 50 à 100 nouveaux chaque semaine, et 100 000 lectures sur Substack. C’est une fierté bien sûr, mais je ne m’autorise pas à en conclure grand-chose d’autre que j’y prends du plaisir et qu’apparemment c’est apprécié.

Je ne partage pas ici cette démarche pour qu’elle serve de modèle : c’est simplement ma façon de faire, mon « témoignage », et tant mieux si elle est réutilisée ou remixée, c’est aussi ce que j’ai voulu depuis le départ de l’aventure en publiant l’ensemble des contenus sous licence libre. Dans la veille de Rochane Kherbouche sur l’IA à l’école, je retrouve un fil rouge qui me suit : distinguer ce que l’élève produit de ce qu’il apprend. Pour cette lettre, c’est la même question : ce qu’elle produit chaque samedi, et ce que j’y apprends. Le jour où la machine saura tout faire d’elle-même dans cette méthode, il ne me restera peut-être plus grand-chose à apporter. Mais il me semble que malgré la course sans fin au modèle le plus puissant, nos envies, nos pensées et notre agentivité resteront quoi qu’il arrive des fondations immuables.

En écho :